| Quel drôle de plaisir de s’égarer
doucement dans les sous-bois humides d’une pop-musique automnale
et corrodée au bras d’un élégant cow-boy
de sang sicilien! Julien Barbagallo, auteur-compositeur-interprète
multi-instrumentiste du groupe Lecube, a longtemps laissé
pousser sa moustache avant d’installer son ranch dans la campagne
toulousaine où il élève aujourd’hui toute
une petite famille de pop-songs comme autant de beaux chevaux au
caractère ombrageux mais aux poils longs et soyeux.
Dès 2001, lassé des ruades et autres hennissements
de ses montures d’alors, il s’entiche d’une vieille
guitare laissée là par un ami en partance pour une
île lointaine et commence à tisser le fil d’un
univers musical très personnel, boisé et mélancolique,
où se côtoient sans complexe la litanie plaintive de
suaves mélodies et le bourdonnement névrotique d’antiques
synthés et autres boîtes à rythme trafiqués.
Il collectionne ainsi les chansons, qu’il enregistre lui-même
dans une maison à la lisiËre de la ville… Entre
2001 et 2003, trois EP, intitulés "My Bungalow",
"This is Paul" et "1+1=1"
compilent donc les nombreuses chansons de cette époque et
ne manquent d’ailleurs pas d’attirer l’attention
de la presse spécialisée et la convoitise des maisons
de disque… Mais un album mort-né plus tard, Julien
Barbagallo, décide que ramener le projet Lecube à
la douce clandestinité des maisons de la campagne qui l’ont
vu naître vaut mieux que ces stupides marchandages artistiques
et part rouler sa bosse au dos de nouvelles montures…
C’est ainsi qu’il enregistre confidentiellement l’album
"From here to now" sous la férule experte du guitariste
fou Benjamin Glibert… Dépouillées de cette gangue
organique de vieux synthés détraqués si caractéristiques
des enregistrements précédents, les chansons laissent
alors entendre comme un grincement… comme un étrange
affleurement de rouille à la surface d’un bois tendre
et précieux… Pendant longtemps abandonné au
seul plaisir de quelques amis, cet album finit tout de même,
au détour d’une hasardeuse soirée, par tomber
dans l’oreille d’un chercheur de trésor philanthrope
qui se mit en tête de tout tenter pour le sortir de l’ornière
d’oubli auquel il semblait malheureusement voué…
Entre-temps, rasséréné par cette providentielle
rencontre, Julien Barbagallo, part en quête de jeunes hommes
ambitieux à rallier à sa cause. Il recrute alors,
en plus du guitariste sus cité, une section rythmique charmante
de rusticité, constituée d’un barbu anxieux
et paranoïaque (Tibo–Basse) et d’un batteur de
longue lignée méditerranéenne nommé
Emmanuel Mario. Ces quatre-là partagent alors leur temps
entre parties de foot endiablées, ramassage de bois sec pour
les feux de cheminée et longues promenades équestres
à la recherche de clairières où bruissent mystérieusement
les sons enchevêtrés d’une chorale enfantine
et la sourde rumeur d’une ville jamais trés lointaine… |